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Un droit d’accès étendu pour savoir qui a consulté des données?

Le Conseil des États, suivant ainsi le Conseil national, a chargé le Conseil fédéral de légiférer pour donner la possibilité aux propriétaires de savoir qui a accédé aux informations non publiques les concernant. Cette extension du droit d’accès doit permettre de lutter contre les abus car avec l’accès automatique il n’y a plus de vérification de l’existence d’un intérêt légitime avant la consultation.

Le droit d’accès en général
Le droit d’accès est le droit de chacun de demander au maître d’un fichier si des données qui le concerne sont traitées et cas échéant d’en recevoir une copie écrite.

Le maître du fichier, c’est-à-dire la personne responsable du traitement des données, doit lui communiquer toutes les données qui le concernent et qui sont contenues dans le fichier (y compris cas échéant les informations disponibles sur l’origine des données), le but et éventuellement la base juridique du traitement, les catégories de données personnelles traitées, les catégories de participants au fichier (soit les personnes pouvant introduire des données) et les catégories de destinataires des données (art. 8 LPD).

Le droit d’accès ne prévoit en principe pas la communication de la liste des destinataires mais seulement de leurs catégories (employeur, autorités, assurance, public, etc.). A noter que si la communication à des tiers n’est pas un but reconnaissable par la personne concernée, une information à ce sujet doit lui être donnée préalablement (et indépendamment du droit d’accès).

Le registre foncier
Le registre foncier permet de connaître les différents droits portant sur un immeuble. Certaines informations sont publiques et chacun peut, sans devoir justifier d’un intérêt, connaître le nom et l’identité du propriétaire d’un immeuble, le type de propriété et la date d’acquisition, la désignation de l’immeuble et son descriptif.

Ces informations sont délivrées par les offices du registre foncier et sont accessibles sur Internet. La loi prévoit que le système doit être protégé contre les appels en série et les données ne peuvent être consultées qu’en relation avec un immeuble déterminé.

Les personnes qui justifient d’un intérêt ont le droit de consulter les autres informations contenues dans le registre foncier, en particulier, les droits de gages immobiliers et les annotations. Depuis 2013, plusieurs cantons permettent aux autorités et aux professionnels de conclure un abonnement afin de disposer d’un droit d’accès permettant d’effectuer directement des requêtes dans le système électronique d’informations foncières susmentionné. L’accès en est facilité mais il n’y a plus de contrôle de l’intérêt à effectuer la requête, ce qui représente un risque d’abus. Les accès sont en revanche conservés durant deux ans.

Pour limiter ce risque, la motion Egloff  charge le Conseil fédéral de modifier l’Ordonnance sur le registre foncier pour permettre aux propriétaires fonciers de savoir qui a consulté les enregistrements concernant leurs immeubles. L’existence même de cette possibilité (et la crainte d’être découvert) devrait déjà limiter les consultations injustifiées. Cela permettra aussi aux propriétaires de signaler d’éventuels abus à l’autorité de surveillance du système eGRIS.

Une extension dans d’autres domaines ?
Une extension du droit d’accès pour connaître la liste des personnes qui ont pu accéder aux données pourrait également s’appliquer dans d’autres domaines comme pour les extraits du registre des poursuites ou lorsque l’accès aux données se fait par une procédure d’appel. Lors des procédures d’appel, c’est-à-dire lorsque le destinataire des données décide de la communication, il n’y a en effet pas de contrôle et d’autorisation du maître du fichier pour cette communication en particulier. Une telle procédure est assez courante entre les différentes entités d’une administration par exemple.

On pourrait aussi imaginer, dans le cadre de la révision en cours de la Loi fédérale sur la protection des données par exemple, une extension du droit d’accès en général pour inclure les personnes qui ont consulté les données.  Cela ne devrait pas forcément s’appliquer à toutes les données, mais par exemple aux données sensibles et aux profils de personnalité. Il semble légitime pour la personne concernée de pouvoir savoir avec qui une entreprise a partagé le profil de personnalité et de solvabilité établi à son sujet.

Les «boîtes noires» des assureurs dans les véhicules automobiles

Le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) a publié à fin 2015 ses «Explications concernant les systèmes «Pay as you drive» (PAYD) et l’utilisation de «boîtes noires» dans les véhicules automobiles».

Les compagnies d’assurances proposent depuis quelques temps aux conducteurs d’embarquer dans leurs véhicules une boîte noire qui enregistre le comportement de conduite. Les données traitées varient significativement d’un produit à l’autre, le but pouvant être simplement de disposer des informations précédant immédiatement un accident ou d’analyser le profil de conduite et les habitudes du conducteur. Les primes d’assurance sont ensuite adaptées en fonction du risque estimé et le profil établi pourrait être utilisé en matière d’assurance vie, d’assurance invalidité ou d’assurance accidents.

Ces systèmes ne sont pour l’instant qu’une des variantes proposées à l’assuré. Comme le relève le PFPDT, le phénomène d’antisélection (adverse selection) va pousser les assurés à faibles risques vers un tarif PAYD plus intéressant financièrement. Seuls les assurés à hauts risques et les assurés qui s’opposent à ces traitements de données choisiront de rester assujettis à la tarification classique. Ce phénomène pourrait se traduire par une augmentation substantielle de leurs primes, au point même de contraindre ces assurés de passer au tarif PAYD, sous peine de se retrouver trop pénalisés financièrement. Les assurés seraient ainsi économiquement contraints d’accepter l’établissement d’un profil de leur personnalité fondé sur leur comportement au volant.

Proportionnalité et respect du but initial
Les données personnelles collectées par un système PAYD ne peuvent être traitées qu’avec l’accord de l’assuré qui doit être informé préalablement et en détail. Pour consentir librement, il doit avoir le choix entre plusieurs solutions équivalentes.

Pour le PFPDT, il importe avant tout de définir d’emblée le but dans lequel les données seront utilisées et d’opérer parmi elles une sélection afin que seules soient retenues les données absolument indispensables. La collecte de données de comportement non liées à un événement particulier ne doit pas aboutir à l’établissement d’un profil du comportement de conduite si détaillé qu’il permettrait de tout savoir des déplacements et de la personnalité du conducteur.

Une première exploitation devrait ensuite être effectuée par la boîte noire elle-même, afin que ne soient transmises à l’assureur que les données dont il a besoin pour définir le tarif PAYD. Ce stockage et l’exploitation décentralisée des données garantirait que l’assureur n’accède qu’à des données agrégées qui ne lui permettraient pas d’effectuer des analyses plus approfondies ou sans lien avec la tarification.

La boîte noire installée dans le véhicule doit finalement être protégée contre toute utilisation abusive et tout accès non autorisé.

La communication électronique des écrits

Le Conseil fédéral a publié un Rapport concernant la communication électronique des écrits (rapport concernant la motion Bischof 12.4139), ce qui est l’occasion de faire le point sur l’utilisation de la signature électronique et la communication électronique entre les tribunaux et les parties, un domaine où il y a encore beaucoup à faire.

La Communication électronique des écrits (CEE) signifie que les acteurs impliqués ne communiquent plus par courrier postal mais par voie électronique exclusivement. Comme le relève à juste titre le rapport, un simple échange de données par courriels ne suffit pas à réaliser la CEE. Il faut que les actes et les annexes parviennent au tribunal sous forme de fichier électronique structuré (avec des métadonnées) par un mode de transmission structuré et sécurisé, pour pouvoir être gérés de manière électronique. Les dossiers seraient alors accessibles en tout temps (pour autant que le tribunal l’autorise), simultanément à plusieurs parties et dans un format permettant une gestion informatique (et partiellement automatisée).

L’échec du dépôt électronique
A l’heure actuelle, la CEE peut s’effectuer sur certaines plateformes (www.incamail.ch et www.privasphere.com), mais elles n’ont pas vraiment été adoptées par les avocats. Elles requièrent une signature qualifiée et le système actuellement proposé n’est guère facile à utiliser. De toute façon, les actes reçus par voie électronique n’ont pas de métadonnées utiles. Ils sont imprimés et rangés avec les dossiers papiers, ce qui leur enlève tout intérêt. La pratique des autorités consistant à demander une copie papier et à faire porter le risque d’un dysfonctionnement de la plateforme à l’avocat retient même les plus motivés.

La signature électronique est en cours de révision et cela devrait permettre au Conseil fédéral de prendre ensuite les mesures utiles pour simplifier les exigences et le fonctionnement des dépôts.

Le dossier électronique et sa consultation
La première étape de la CEE est celle de la consultation électronique des dossiers. Il ne s’agit pas de documents numérisés sur un DVD (que l’avocat imprime ensuite avant de les lire) comme le proposent déjà certaines institutions, mais d’une vraie consultation en ligne du dossier. La grande majorité des dispositions sur la consultation des dossiers en vigueur ne prévoit pas l’usage d’un média particulier et peut tout à fait s’appliquer à la consultation électronique.

Les tribunaux peuvent donc introduire des solutions pour permettre la consultation électronique des dossiers qu’ils gèrent. Il faudrait que les pièces soient demandées via un formulaire structuré et qu’un dossier électronique soit constitué par le tribunal, qui le transmettra à la personne qui l’a demandé par un moyen de communication quel qu’il soit (envoi ou accès à une messagerie contenant les pièces). Il serait néanmoins souhaitable que tous les tribunaux utilisent un système commun. L’organisation judiciaire étant du ressort des cantons, une certaine harmonisation pourrait être envisagé par le biais d’une modification des codes de procédure.

Selon le rapport, le système commun de consultation électronique des dossiers devrait au moins répondre aux conditions suivantes :

  • la solution proposée est introduite de manière uniforme dans toute la Suisse;
  • le système permet une consultation des dossiers via un portail en ligne comportant des fonctionnalités de recherche, de classement et de téléchargement;
  • il existe un seul accès au système national pour ceux qui demandent à consulter les dossiers;
  • l’introduction de la consultation électronique des dossiers n’occasionne, au final, aucun frais pour les tribunaux. Les économies qui sont réalisées grâce à la consultation électronique des dossiers doivent être aussi importantes que les investissements et les coûts de fonctionnement.

En plus de la consultation électronique des dossiers, il faut également envisager leur archivage ainsi que revoir les modalités de dépôt électronique. ces deux points seront évidemment influencés par la consultation du dossier électronique.

Consultation sur la révision de la loi sur le droit d’auteur

Nous avons vu il y a quelques jours que le Conseil fédéral considère dans son Rapport du 11 décembre 2015 sur la responsabilité civile des fournisseurs de services Internet qu’il n’est pas nécessaire d’adopter un régime de responsabilité spécifique, ni de prévoir un moyen de connaître l’identité de l’auteur d’un contenu litigieux en vue d’une procédure civile (alors que l’on peut agir pénalement contre inconnu).

S’agissant du droit d’auteur, le Conseil fédéral adopte une position différente dans le Rapport explicatif relatif à deux traités de l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle et aux modifications de la loi sur le droit d’auteur  pourtant publié le même jour.

Des régimes différents sans justifications
Rien ne justifie de traiter différemment les titulaires de droits d’auteurs de ceux d’autres droits et le Conseil fédéral n’apporte pas d’argument convaincant. Le Rapport explicatif mentionne que les violations du droit d’auteur sont fortement préjudiciables et susceptibles d’induire de nombreuses violations consécutives par d’autres utilisateurs d’Internet qui partagent ces contenus, et qu’il est essentiel d’agir vite (p. 66). En cela, elles sont semblables aux atteintes à la personnalité ou d’autres infractions pénales. Dans les cas de revenge porn, d’incitation à la haine raciale, ou simplement de propos attentatoires à la réputation, les atteintes sont fortement préjudiciables, susceptibles d’induire de nombreuses violations consécutives par d’autres utilisateurs d’Internet qui les propagent, et il est aussi essentiel d’agir vite. Pourtant, le Conseil fédéral a retenu que le cadre légal actuel était suffisant.

Le projet prévoit de nouvelles obligations de blocage et d’information pour les fournisseurs de services de communication dérivés (y compris les fournisseurs d’hébergement) et les fournisseurs de télécommunication (fournisseurs d’accès), qui se verraient en échange exemptés de responsabilité.

Blocage de l’accès aux contenus hébergés en Suisse
Sur demande d’un titulaire de droits, les fournisseurs de services de communication dérivés devront bloquer le contenu dont il est prétendu qu’il viole le droit d’auteur (art. 66b). Le fournisseur d’hébergement informera le client du blocage. Le fournisseur de contenu peut s’opposer. Dans ce cas il doit donner un domicile de notification en Suisse et son identité est transmise au titulaire de droits à l’origine de la communication. Il suffit donc à n’importe qui de prétendre qu’un contenu est protégé par son droit d’auteur et qu’il est mis à disposition sans droit pour contraindre le fournisseur de contenu à s’opposer au blocage et obtenir son identité.

Le projet ne prévoit pas de procédure simplifiée pour permettre à l’utilisateur qui est privé d’un accès à un contenu légitime de faire valoir ses droits.

Blocage de l’accès aux contenus étrangers
L’Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle (IPI) pourra établir une liste des contenus hébergés à l’étranger que les fournisseurs d’accès suisses doivent bloquer sur la seule base de la vraisemblance, et sans contrôle judiciaire préalable (art. 66d). Il suffira à un titulaire de droit de rendre vraisemblable qu’un contenu violant ses droits est hébergé à l’étranger et accessible en Suisse.

Envoi de messages d’information et identification
Lorsqu’une violation du droit d’auteur est annoncée (sans qu’elle soit vérifiée légalement), le fournisseur d’accès devra envoyer un message d’information par voie électronique à l’utilisateur dont la connexion a été utilisée. Si une nouvelle violation est annoncée dans les deux à douze mois suivants, un nouveau message sera adressé par courrier. Si une troisième violation est annoncée deux mois après la deuxième annonce mais dans l’année suivant la première annonce, l’identité de l’utilisateur est communiquée à celui qui a fait les annonces. A ce stade, aucune autorité judiciaire n’a pourtant vérifié le bienfondé des accusations.

L’avant-projet ajoute également une dérogation à la LPD suite à l’affaire Logistep qui devrait permettre à celui dont les droits d’auteur sont violés de collecter les adresses IP, l’empreinte digitale de l’œuvre protégée, ainsi que la date et l’heure de sa mise à disposition sur les réseaux pair à pair (art. 66j).

Lutter contre le piratage en proposant des alternatives
La lutte contre le piratage, en particulier celui résultat d’actes occasionnels du consommateur, ne passe pas exclusivement par la contrainte légale. Celle-ci a de plus des coûts importants. Au contraire, en développant des offres légales facilement accessibles et à des prix corrects, les titulaires de droit peuvent engendrer une consommation respectueuse des produits protégés. Le renforcement des droits procéduraux des ayants droits n’est pas une incitation au développement de telles offres. Tant que les offres légales demeurent largement inférieures (notamment en raison de contenus non accessibles légalement en Suisse) ou difficile à accéder, elles n’auront que peu de succès.

Publications: quel statut juridique pour les robots?

Des robots commencent à évoluer dans notre environnement, mais le cadre juridique actuel n’est pas très adapté. Pour éviter de faire face prochainement à des situations insatisfaisantes, notamment en termes de responsabilités, une prise de conscience et des aménagements légaux sont nécessaires. Cela pourrait passer par une reconnaissance du robot comme sujet de droits et obligations.

Je propose quelques pistes de réflexions dans l’article «Le moment est venu de reconnaître un statut juridique aux robots» co-écrit avec Nicolas Guyot et publié dans la revue Plaidoyer 03/2015.

Le séquestre de courriers électroniques chez le fournisseurs de télécommunications

Pour le tribunal fédéral (ATF 140 IV 181), les courriels qu’un prévenu a relevés sur le serveur du fournisseur de service de télécommunication peuvent être séquestrés chez le fournisseur, alors que ceux qui n’ont pas encore été relevés peuvent faire l’objet d’une surveillance en temps réel. Le secret de la correspondance disparaît dès que les courriels sont relevés, même s’ils restent accessibles sur le serveur et qu’ils n’ont pas été lus.

Séquestre ou surveillance de la correspondance ?
Un homme est accusé de meurtre et sa correspondance électronique contient des éléments nécessaires à l’enquête. La question qui se pose est de savoir quelle mesure (et donc quelles conditions) s’applique dans ce cas. De manière générale, lorsqu’une autorité pénale souhaite accéder à la correspondance électronique d’un prévenu, trois possibilités s’offrent à elle :

  • Le séquestre (263 CPP), qui permet de saisir les objets et valeurs patrimoniales appartenant au prévenu ou à des tiers lorsqu’il est probable qu’ils seront utilisés comme moyens de preuves. S’ils sont détenus par un tiers, ce dernier est soumis à une obligation de dépôt. Le prévenu est informé du séquestre par une ordonnance du ministère public.
  • La surveillance en temps réel (269 CPP) des télécommunications qui peut être ordonnée par le ministère public lorsque de graves soupçons laissent présumer qu’une infraction contenue dans la liste de l’art. 269. al. 2 CPP a été commise et que cette mesure est proportionnée. Elle doit être autorisée par le tribunal des mesures de contraintes. Cette mesure est secrète mais le prévenu peut ensuite la contester dans les 10 jours suivant son information. La surveillance porte sur le contenu et les données accessoires.
  • La surveillance rétroactive (273 CPP) qui se limite aux données relatives au trafic et à la facturation et identification des usagers (données accessoires). Elle peut être ordonnée par le ministère public lorsque de graves soupçons laissent présumer qu’un crime, un délit ou une contravention au sens de l’art. 179septies CP a été commis et que cette mesure est proportionnée. Elle doit être autorisée par le tribunal des mesures de contraintes. Cette mesure est secrète mais le prévenu peut ensuite la contester dans les 10 jours suivant son information. Il n’y a pas de surveillance rétroactive du contenu des courriels et les données accessoires peuvent être demandées avec effet rétroactif sur une période de six mois au plus.

Les limites du secret des télécommunications
La sphère privée de l’utilisateur est protégée par le secret des télécommunications qui s’applique durant le processus de communication. Ainsi un courrier postal est protégé pendant l’envoi, mais plus une fois qu’il est remis à son destinataire. On considère qu’il y a remise également lors du dépôt dans la boîte aux lettres du destinataire puisque l’on est dans sa sphère de maîtrise et que le fournisseur n’y a plus accès. Dans le cas d’une case postale, la maîtrise est partagée et le secret se prolonge jusqu’à ce que le destinataire accède à la case. Pour que l’autorité puisse obtenir le courrier qui est dans la boîte aux lettres (ou dans la case postale si le destinataire l’a ouverte et a choisi de l’y laisser), on appliquera les règles du séquestre, alors que pour le courrier dans la case non ouverte, ce sera celles de la surveillance de la correspondance (en temps réel).

Critique
L’analogie avec la case postale a ses limites en raison de l’ubiquité des données électroniques. Premièrement, relever un courriel ne signifie pas, selon le protocole utilisé, qu’il n’est plus sur le serveur. Le protocole POP3 généralement se connecte au serveur de messagerie, récupère le message et l’efface du serveur. En revanche, le protocole IMAP laisse les courriels sur le serveur dans le but de pouvoir les consulter de différents clients de messagerie. Pour le TF, celui qui utilise le protocole IMAP, pourtant très répandu car il permet d’accéder à sa messagerie depuis un téléphone et un ordinateur par exemple, renonce de fait à la protection du secret de la correspondance pour tous les messages qu’il a reçu.

Deuxièmement, lorsqu’un message est partiellement téléchargé, par exemple lorsqu’il est automatiquement poussé («push») sur un téléphone portable mais que seuls l’expéditeur et l’objet sont affichés (le corps du message étant encore exclusivement sur le serveur), le TF considérera-t-il qu’il est déjà entièrement dans la sphère du destinataire ?

Troisièmement, le TF retient que la consultation des messages déposés (mais pas encore relevés) dans la boîte électronique est une surveillance en temps réel et non rétroactive (ce qui permet l’accès au contenu). Sachant que les messages peuvent avoir été déposés plusieurs semaines auparavant, on peut se demander si l’on n’aurait pas déjà dû considérer que ce qui est arrivé dans la boîte est soumis à une surveillance rétroactive.

A mon avis, il aurait certainement été plus simple de considérer que toute acquisition directement chez le fournisseur est une surveillance des télécommunications, par opposition à l’acquisition chez le prévenu qui serait un séquestre. Cela éviterait aussi au ministère public de devoir savoir à l’avance si le prévenu a déjà relevé ou non un message qu’il souhaite obtenir et au fournisseur de séparer les messages sur le serveur qui ont déjà été relevés de ceux qui ne l’ont pas été (ce qui est une question indépendante de savoir s’ils sont marqués comme lus ou non lus!). Aux Etats-Unis, le Stored Communications Act prévoit un régime différent selon que les messages ont plus ou moins 180 jours, ce qui offre au moins un critère objectif.